8 janvier 2021 - Écrit par Ludovic Francisco

Le pont de Noirmoutier s’offre un bain de jouvence

Après cinquante ans passés à soutenir le passage des automobilistes et à subir les ravages du vent et de la mer, il était temps d’offrir un petit rafraîchissement au pont de Noirmoutier. En cette fin d’année 2020, ce sera chose faite.

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Dressé sur le détroit de Fromentine, le pont de Noirmoutier est un symbole de la Vendée. crédit : Adobe stock.

Construit entre 1969 et 1971 pour relier l’île de Noirmoutier au continent, le pont éponyme est devenu au fil des ans un des symboles architecturaux de la Vendée. Il faut le voir franchir, long et majestueux, le détroit de Fromentine, pour saisir toute sa beauté.

Construit entre 1969 et 1971 pour relier l’île de Noirmoutier au continent, le pont éponyme est devenu au fil des ans un des symboles architecturaux de la Vendée. Il faut le voir franchir, long et majestueux, le détroit de Fromentine, pour saisir toute sa beauté. Une beauté qui n’est pas éternelle et qui réclame un entretien régulier. À l’occasion des 50 ans de l’ouvrage, le Conseil départemental a voulu lui offrir un bain de jouvence. Nicolas Rouland, directeur de travaux de
l’entreprise Charier, nous donne les détails de cette opération.

le fil des ans : Dans quel état se trouvait le pont au démarrage des travaux ?

Nicolas Rouland, directeur de travaux : Un pont maritime est par nature un ouvrage soumis à l’érosion et à la corrosion. Le pont de Noirmoutier comporte, en outre, une particularité : il est orienté plein ouest, ce qui l’expose à l’océan. L’ouvrage a souffert comme souffrirait n’importe quelle construction maritime âgée de 50 ans. Au fil des ans, les chlorures présents dans l’eau de mer rongent et attaquent le béton. C’est toujours superficiel, sur 4 ou 5 cm d’épaisseur, mais cela suffit généralement à atteindre les armatures en acier. Au contact de l’eau, celles-ci gonflent et font éclater le béton autour d’elles. On ne parle pas de problèmes structurels, mais simplement de traces d’usure qui nécessitent un entretien plus poussé.

Trois entreprises sont intervenues sur le chantier. Pouvez-vous nous détailler le rôle dévolu à chacune ?

N. R. : Notre entreprise, qui dispose d’un pôle génie civil spécialisé dans les travaux maritimes, se charge de protéger la partie basse des piles qui supportent le pont. Celle-ci est sensible car elle est soumise au marnage, c’est-à-dire à l’action de la mer durant les marées. Nos confrères de Freyssinet ont, eux, pris en charge la réparation des bétons non soumis au marnage, c’est-à-dire, pour l’essentiel, le tablier du pont. Pour ce faire, ils utilisent des “nacelles volantes”, autrement dit des platesformes de travail suspendues. Ouest Accro enfin, une entreprise soustraitante, s’occupe de rénover les parties supérieures des piles. Ce travail s’effectue dans des conditions acrobatiques, car cela nécessite de rester suspendu toute la journée à un harnais afin de buriner les sections endommagées et de les réparer.

Des techniques particulières ontelles été employées pour assurer l’entretien ?

N. R. : La première a consisté à conforter les piles au centre du pont. Il s’agit en fait de poser une enceinte de palplanches autour de l’existante et de déverser dans l’espace créé entre les deux un béton spécial. La seconde technique concerne la protection des bas de piles. Nous avons réalisé pour cela un
encuvement. Nous nous sommes rapprochés à cet effet d’une entreprise suisse, qui propose un système de protection des bétons composé d’une coque en fibre de verre de 5 mm d’épaisseur jouant le rôle de coffrage. La pile béton se trouve ainsi complètement protégée des ions chlorures. Cette méthode est beaucoup utilisée par les Américains et les Canadiens, très peu en France. L’objectif est de recouvrir le bas des sept piles soumises au marnage.

Quel est le calendrier des travaux ?

N. R. : Nous avons débuté en mars 2019. Compte tenu de la longueur des palplanches (entre 18 et 23 m), les intempéries nous ont fortement ralentis pour les travaux de confortement des fondations. Dès que le vent dépasse 45 km/h, il devient impossible de travailler en sécurité. Il était prévu que nous reprenions fin mars 2020, mais le confinement est arrivé. En été, on ne pouvait pas non plus travailler car l’activité touristique autour du pont de Noirmoutier n’est pas compatible avec de tels travaux. Finalement, nous n’avons repris qu’en septembre. Notre objectif est de finir le chantier pour les fêtes, en croisant les doigts pour que la météo soit clémente.

Le pont de Noirmoutier en chiffres

Le pont mesure 583 m de long, 14,5 m de large et 33,5 m de hauteur sous tablier. Il est constitué de 4 500 m3 de béton et de 340 tonnes d’acier. Il subitle passage de 8 700 véhicules par jour. Le coût de la rénovation est estimé à 10 millions d’euros.